Par Laurie Willommet, présidente de la Faîtière des réseaux d’accueil de jour des enfants (FRAJE) et membre du Comité de Pro Familia Vaud.
Nous reproduisons ici l’opinion parue dans 24 Heures le 12 mars 2026.
Le projet fédéral en matière d’accueil de jour des enfants risque de fragiliser les réseaux subventionnés du canton.
Les allocations de garde pour l’accueil de jour sont présentées comme une avancée majeure pour les familles. Le principe est simple: verser une aide financière directe pour réduire le coût des crèches et faciliter la conciliation entre vie familiale et professionnelle. Si l’intention est louable, la réalité est plus complexe.
Le projet fédéral prévoit une allocation minimale de 100 francs par mois, augmentée, selon le nombre de jours de garde, jusqu’à 500 francs pour une prise en charge à plein temps. En pratique, cette aide sera versée aux parents après paiement des factures et sera imposable. Les familles devront donc avancer l’entier des coûts avant de percevoir l’allocation. Pour de nombreux ménages, cela représente une pression financière supplémentaire plutôt qu’un allégement immédiat.
Autre élément souvent peu souligné: le montant de l’allocation est identique quel que soit le revenu des parents. Une famille aisée recevra la même somme qu’un ménage modeste. Une aide forfaitaire bénéficie proportionnellement davantage à ceux qui en ont le moins besoin, au risque donc de pénaliser les familles les plus modestes si le financement global reste inchangé. À l’inverse, le système vaudois adapte les tarifs au revenu des parents et garantit une réelle progressivité.
Mais les implications du projet ne sont pas que financières. Dans notre canton, l’accueil de jour repose sur un modèle solidaire associant Canton, communes et employeurs, qui permet d’assurer des tarifs accessibles et une offre de qualité. Le projet fédéral change de logique: il finance l’enfant et non plus le dispositif. Il limite en outre le soutien aux enfants jusqu’à 8 ans, alors que le système actuel couvre aussi les 8-12 ans. L’argent transiterait par les caisses de compensation pour être versé aux parents, sans passer par une coordination cantonale comme la FAJE (Fondation pour l’accueil de jour des enfants). Ce basculement fragilise l’équilibre du système.
Conséquences concrètes
S’y ajoutent des conséquences concrètes sur le financement. Les employeurs devraient financer à la fois le modèle actuel et les nouvelles allocations, pour un montant estimé à plus du double de leur contribution actuelle. L’allocation est en outre conditionnée à l’activité lucrative des deux parents. Les besoins des 8-12 ans, ou ceux des familles en situation particulière, passent au second plan. Pourtant, l’accueil de l’enfance n’est pas qu’un outil du marché du travail: c’est aussi un véritable levier d’égalité des chances.
Soutenir les familles est indispensable. Mais si le financement collectif s’affaiblit, la charge ne disparaîtra pas: elle se déplacera. Soit vers les communes, déjà fortement sollicitées, soit vers les parents, par une hausse des tarifs ou une réduction de l’offre. Ces enjeux méritent aujourd’hui un débat approfondi entre toutes les parties prenantes. Il y va de la pérennité d’un système qui garantit un accès équitable et durable à l’accueil de jour et qui constitue depuis plusieurs années l’une des politiques publiques fortes de notre canton.
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